Eyes Wide Shut – Orgie aveugle

Sur ce chapitre, mission, ne faire aucune prise de vue méritant de bannissement.

Alors, de base, on vient voir Eyes Wide Shut parce qu’on se dit qu’il y a du cul, du cul, du cul.

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Et là, enfin !! De la baise, ouais !! Mais bon, rien à faire, c’est louche. Bill ne fait que regarder. Il a bien une touche mais réussit à tout foutre par terre et à se faire repérer. Il manque de peu l’humiliation publique grâce à une femme qu’il a vue pour la première fois ce soir, à moins que ça soit Domino ou Mandy ? Difficile à dire. Mais ça n’apporte pas grand-chose. Pourquoi ferait-elle ça, tombée amoureuse ? En effet, elle ne cesse à dire à Bill qu’il faut qu’il parte s’il ne veut pas les mettre tous les deux en danger. C’est trop mignon. Kubrick est devenu fleur bleue pour son dernier film et il ne nous avait rien dit. Le sauvetage est théâtral au possible (oh mon Dieu ce zoom !!) et bien trop facile pour Bill.

Ça se passe peut-être comme ça dans l’esprit malade de Bill mais la réalité est probablement différente. Encore une fois, la clé nous vient en aide, inversons.

En arrivant à l’orgie, Bill a encore pensé à sa femme, et il désire faire plus que regarder, évidemment. Une femme lui dit qu’il doit partir, mais il faut faire le contraire de ce qu’on te dit si tu veux te faire accepter. Bill participe aux ébats nocturnes, ce qui ne manque pas de le faire remarquer. Mais ça fait partie de l’initiation. Il est nouveau, et doit se présenter à tous. On croit qu’il échappe à la punition, mais je pense qu’il doit effectivement enlever ses vêtements devant tout le monde. Et en toute logique, c’est le moment que choisissent tous les membres de la salle pour participer au viol en réunion de Bill. Une métaphore pour dire qu’ils l’acceptent parmi eux, en quelque sorte. Avant de pouvoir exercer votre volonté sur les autres, ce sont d’abord les autres qui vont l’exercer sur vous… Les esclaves sexuels passent par ce stade mais sans jamais en sortir, en général.

C’est un succès pour Bill, mais il ne faut pas s’arrêter là. Que serait une vraie messe noire sans le sacrifice d’une femme ? Dans la vision fantasmée de Bill, c’est une femme qui va se sacrifier pour lui. Mais je pense qu’il faut encore une fois inverser, c’est Bill qui va la sacrifier. Il y a un indice graphique pour soutenir cette théorie, regardez qui emporte la victime vers son funeste destin :

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Il porte un masque de docteur de la peste. Un médecin, comme Bill. Bref c’est Bill qui fait un sacrifice pour entrer dans la secte.

Bill pourrait bien avoir été une victime de viol, quand il rentre chez lui il passe devant une lampe avec un motif de tigre, synonyme d’esclavage sexuel.

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Ce tigre est présent dans cette même scène peu de temps avant et dans d’autres scène où il y a une connotation d’esclavage sexuel.

Dans la chambre de Mandy :

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Et dans le magasin de jouets, au moment où Helena part avec les vieux monsieurs :

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À noter que ce symbole est déjà présent dans Lolita (dans la première scène, lorsque Clare Quilty se retrouve au sol).

Et juste avant dans la scène, on voit déjà une sorte de panthère sur la lampe juste avant que Bill arrive à la chambre d’Helena.

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Cette lampe nous montre peut-être le futur escalavage sexuel d’Helena (dont on vient de donner l’ordre à Bill), mais dans ce cas, pourquoi montrer une autre lampe avec un tigre juste après ? L’action qui suit nous montre Bill qui va cacher son déguisement. Y aurait-il un lien avec ce tigre, le déguisement et Bill ?

Allez hop, maintenant ajoutons à la liste : partouze, victime d’une tournante (parce que bon, faut passer à la casserole quand même) et meurtre rituel !

On a ici aussi une action qui fonctionne par ellipses. Les scènes de sexe et de meurtre de Bill ne sont une nouvelle fois pas montrées. Je pense qu’une fois de plus, c’est cohérent avec le titre du film. Les scènes importantes arrivent quand on a les yeux fermés. C’est aussi une illustration de la psychologie de Bill. Sans doute freudienne : le mécanisme à l’œuvre est le refoulement. Bill ne garde comme souvenirs de la soirée que ce qui lui plaît. Ce qui ne lui plaît pas, il l’oublie, et l’inverse quand il le peut. Il croit qu’il est un médecin compatissant avec Marion, au lieu de voir la vérité en face, qu’il a voulu coucher avec elle et profiter de sa détresse pour se venger de sa femme. De même, il croit qu’il est un gentleman avec une prostituée belle mais malchanceuse, alors qu’il est plutôt agressif avec une étudiante débutant la prostitution. Il croit qu’il arrive à convaincre son ami de l’inviter à sa fête mais il préfère oublier qu’il a couché avec lui pour l’obtenir. Et il croit qu’il a été sauvé par une mystérieuse inconnue d’une secte de tordus sexuels alors qu’il a participé à la débauche et sacrifié une femme de son choix.

Le procédé du refoulement est ici intégré au montage de manière totalement réaliste.

Par ce procédé, Kubrick ne cherche-t-il pas à nous dire : le refoulement est le mécanisme utilisé par les ordures pour commettre leurs exactions ? Un criminel pense-t-il à ses victimes avant de s’endormir ou s’invente-t-il un monde où il a le beau rôle ?

Ça pourrait s’arrêter là. Mais on n’est qu’à la moitié du film, on dirait qu’il reste des choses à faire à Bill pour pénétrer les derniers cercles du pouvoir.

 

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