Les scientifiques du futur

La narration de l’Armée des douze singes est unique car nous ne sommes témoin de l’aventure que sous les yeux d’un exécutant, James Cole. Les têtes pensantes, les scientifiques n’apparaissent que dans un nombre limité de scènes – moins de dix – et leurs méthodes paraissent bien éloignées humainement de leurs buts. Qui sont réellement ces scientifiques, quels indices peut-on retirer du film pour dresser leur portrait ?

  • des scientifiques bien proches des anciens psychiatres

La première fois que nous voyons les scientifiques, ils sont tous les six et portent tous des tenues très similaires. Des blouses blanches plastifiées, des chemises blanches avec le col qui ressort, une cravate blanche sauf pour l’astrophysicienne qui a une cravate noire. Entre la chemise et la blouse on a un veston ou un pull sombre.

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Si on voit des libertés dans la tenue, elles font quand même penser à une sorte d’uniforme. C’est presque la même tenue que les psychiatres de l’asile de Baltimore en 1996. Qui sont eux aussi six, et qui discutent avec un Cole encadré de gardes de l’autre côté d’une table. Le parallèle est évident et dans le script, les psychiatres sont censés ressembler fortement aux scientifiques. J’ai beau avoir regardé plusieurs fois les visages de ces personnages, je n’ai jamais trouvé d’autre ressemblance que la tenue. Je pense qu’elle est là pour signaler la similarité de leurs positions dans leurs époques respectives.

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Désolé, pas de plan où on voit les six psychiatres en même temps ! 😉

Dans le futur, ce sont les scientifiques qui donnent des ordres, les gardiens de prison leur obéissent et ils ne semblent devoir rendre de compte à personne (peut-être au gouverneur mentionné sur le pardon, s’il n’est pas fantoche). Ils ont toute latitude pour décider de la libération des prisonniers, ils ont donc un véritable pouvoir judiciaire.  La situation est parfaite du point de vue du besoin de pouvoir des scientifiques. La survie de l’espèce nécessite de leur donner toute autorité… Personne pour les empêcher de mener à bien leurs expériences, ils ont une grosse réserve de détenus pour ça ! On a une nouvelle fois un parallèle entre les scientifiques du futur et les psychiatres des années 90, l’expérimentation sur leurs patients – ou détenus. Mais on en vient à se demander si c’est réellement différent.

Regardez comment le garde définit Cole aux scientifiques. « He’s got a history, Doctor. Violence. Antisocial six. Repeated violations of the Permanent Emergency Code. Insolence, defiance, disregard of authority. Doing 25 to life. » Regardez ce qui est reproché à Cole. Un historique violent ? Quel est-il ? Il n’y a aucun crime factuel qui soit énoncé ici. L’insolence, la défiance et la mauvaise opinion de l’autorité ne sont pas des crimes, de notre époque… Mais à ce moment-là, on dirait bien que si.

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Et le mot « Antisocial »…

antisocial6 C’est considéré comme un trouble de la personnalité dans le DSM,  un manuel discutable et discuté utilisé en psychiatrie de nos jours. L’héritage des scientifiques du futur de cette discipline qui nous est contemporaine semble donc avéré.

  • des opinions amères sur le XXème siècle

Mais les scientifiques ressemblent plutôt à des vieux aigris qui regardent le XXème siècle avec dédain. Voici quelques exemples de répliques à ce sujet :

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Ce qui ressort est qu’ils ne semblent pas apprécier la débauche du XXème siècle. Des drogues, des femmes, voilà ce à quoi ils s’attendent que Cole fasse dans le passé. Il ne manquait que la musique au crime, et on apprend d’ailleurs que Cole n’a pas accès à la musique trente ans plus tard. Et ses paroles ne semblent pas indiquer que c’est uniquement à cause de son statut de prisonnier. Pourtant, les scientifiques ont bien des bandes magnétiques à leur disposition.

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Ils connaissent la chanson « On blueberry hill » (même s’ils la chantent très mal)  et disposent de la musique de la publicité de Florida Keys. On peut donc supposer qu’ils font preuve d’une véritable censure culturelle envers les autres humains. Mais c’est l’un de leurs moindres crimes.

  • un traitement inhumain des prisonniers et des voyageurs du temps

Dès la deuxième scène du film, nous sommes face à la misère du quotidien des prisonniers. Ils sont littéralement enfermés comme des singes. Ils ont un hamac pour dormir, et ne disposent d’aucune intimité. Ils ne sortent probablement pas souvent de leur cage. Les tâches dangereuses sont obligatoires, et contester signifie probablement se faire battre. Bref, les prisonniers ne valent pas mieux que des animaux.

Lors de sa première rencontre avec les scientifiques, Cole est détaché car il promet de ne pas attaquer les scientifiques.

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On l’invite à s’asseoir.

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Là :

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CLANK

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C’est pour pas que tu tombes 😉

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On appréciera la méthode pour traiter quelqu’un censé sauver le monde…

Et une fois que les prisonniers ont fait un voyage dans le temps, ils sont isolés. Pour les empêcher de communiquer, j’imagine, comme José dit qu’on ne revoit jamais ceux qui sont « portés volontaires ». (En réalité ils ont sans doute atterri autour du QG de l’armée des 12 singes à Philadelphie).

Et quand les voyageurs dans le temps font leur rapport, les scientifiques utilisent de méthodes radicales pour connaître la vérité.

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Est-ce que les scientifiques ont hypnotisé Cole ? Ou l’ont-ils drogué ? Dans les deux cas, les scientifiques mentent en disant ensuite que Cole est désorienté à cause du voyage dans le temps.

Les méthodes des scientifiques sont clairement qualifiables comme inhumaines au vu de nos standards. La survie souterraine forcée de l’humanité rend-elle cette maltraitance acceptable ? À vous d’y répondre mais j’ai comme une idée sur l’opinion des scénaristes et du réalisateur du film…

  • qui est Cole ?

Les scientifiques motivent leur choix à Cole qu’ils ont besoin de quelqu’un de fort mentalement. En effet, il a une certaine capacité à répéter des mots et des phrases dans de bons contextes. Sur Jeffrey « He was a fruitcake ! » Ou alors aux scientifiques « I want to get well ! » Ou à Railly : « I am mentally divergent. »

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Mais on peu taussi noter qu’il est extrêmement fort et violent. Dans le commissariat de 1990, il est enchaîné mais ça ne l’empêche pas de bouillir sur place, comme un chien attaché voulant atteindre quelque chose hors de sa portée. Il est aussi tout drogué lors de sa tentative d’évasion de l’asile, mais réussit à blesser l’un des gardes les plus forts tout en en mobilisant 5 autres.  Bref, Cole est vraiment très fort, et il semble même atteint de poussées d’agressivité. Quand les gardes de l’asile essaient de le maîtriser, il est le premier à être violent, même s’il se sait cerné donc perdu.  Il perd totalement le contrôle lorsqu’il tue l’agresseur de Kathryn. Regardez son sourire malsain lorsqu’il frappe le mac avec un téléphone.

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Il n’est pas maître de lui-même et il lui faut plusieurs secondes pour reprendre le contrôle, et avec l’aide de Railly. Il ne fait preuve d’aucune empathie envers ses victimes, ce qui est effectivement un symptôme d’une personnalité… antisociale.

Il a pourtant l’air d’être une personne calme en temps normal. On le voit capable de raisonner, comme avec les psychiatres lorsqu’ils lui annoncent qu’il est en 1990. En fait, il ne fait preuve d’une telle violence que lorsque Railly ou lui-même sont agressés. On ne connaît pas les circonstances de sa première arrestation, mais il y a fort à parier que les méthodes brutales des flics américains ont rapidement déclenché cet instinct. Pourrait-il avoir été sélectionné pour cette caractéristique, ou a-t-il même été conditionné pour ça ? Un conditionnement ? Hahaha, théorie du complot. Et pourtant.

Le passage de l’autoradio est révélateur pour savoir ce qui est arrivé à Cole. Il s’émerveille devant la musique mais, encore plus intéressant, ne semble pas reconnaître une publicité. Et pourtant, lorsqu’on le voit jeune, il est évident qu’il est assez âgé pour y être familier. Il se souvient bien de l’histoire du gamin dans la grange, c’est qu’il l’a apprise par la télé ou par la radio. Mais alors, comment pourrait-il avoir oublié ce qu’est une publicité ? Tout le monde ayant grandi avec la télévision se souvient des slogans des spots de publicité. Si ce n’est pas une erreur du script, c’est probablement parce qu’on l’a effacé de sa mémoire. Pourquoi ? Les scientifiques méprisent la culture du XXème siècle. Ils ont peut-être effacé ce souvenir dans l’espoir de le former en tant que « bon » citoyen.

Ce qui accrédite une volonté de faire disparaître la publicité est peut-être un élément musical du film. La musique qui est utilisée dans la publicité pour Florida Keys est la même que celle qu’on entend lorsque les scientifiques chantent « On blueberry Hill » à Cole !..

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(J’adore cette image ^^) Cette coïncidence de deux chansons est hautement improbable. Soit ce sont les scientifiques qui ont programmé la radio qu’écoutaient Railly et Cole, soit ils ont retrouvé les enregistrements du morceau qui correspondait à la publicité… voire ont directement supprimé la voix de la publicité originale ?

Et souvenons-nous des paroles du Dr. Peters lorsqu’il demande une dédicace à Railly :

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Traduction maison : la devise de l’Homo Sapiens, « Allons faire les courses », n’est-elle pas le cri du véritable fou ? Traduction maison (suite) : la société de consommation n’est-elle pas la cause de tout notre malheur ? Autrement dit, Peters rejoint totalement la vision des scientifiques qui détestent la société de consommation. Ceux-ci auraient-ils pu aller jusqu’à laver l’esprit de leurs concitoyens pour effacer les publicités de leur mémoire comme ils l’ont fait de vieux enregistrements ? Ce point permet totalement de le supposer.

Et enfin, le désir relativement limité de Cole pour Railly. Cole tombe rapidement amoureux de Railly mais son amour reste très poétique (voir son message à l’asile). On s’attendrait à pire de la part d’un prisonnier qui ne voit jamais la lumière du soleil. Ce n’est que lorsqu’il s’approche près de Kathryn, juste avant d’aller chez Goines qu’il semble ressentir pour la première fois du désir. On voit même qu’il ne veut pas des femmes que les scientifiques lui proposent lorsqu’il obtient son pardon. mais même sa volonté semble téléguidée par la petite voix qui l’appelle Bob, au cachot et dans la chambre d’hôpital-prison. C’est Railly qui fait toujours le premier pas… N’est-il pas surprenant de rester platonique si longtemps ? Cole pourrait-il avoir également été castré chimiquement ? Cela renvoie à la citation de Jeffrey Goines, juste avant la libération des animaux :

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James a le crâne rasé, il est peut-être stérilisé, et il se fait effectivement détruire…

Le fait étonnant est que les scientifiques ne parlent jamais de Railly à Cole. Pourtant, ils savent bien qu’elle existe, vu que c’est elle qui désigne Peters à Cole à la fin du film et que José a pour mission de la tuer si Cole n’obtempère pas. Cole pourrait-il avoir été manipulé ? Son amour pour Railly a-t-il été utilisé pour les sombres desseins de scientifiques rétrogrades coupables de barbarie, tortures mentales et physiques, d’expérimentations et manipulations mentales ? Que veulent-ils faire croire à Cole ? Que veulent-ils nous faire croire ?

  • l’histoire « officielle » des scientifiques.

Maintenant, mettons-nous dans la tête du spectateur qui a vu le film pour la première fois. En essayant de recoller les morceaux, s’il croit entièrement le discours des scientifiques, voici ce qu’il devrait retenir de l’histoire telle que les scientifiques l’ont servie à James Cole :

James Cole est envoyé dans le passé pour trouver une souche du virus originale. Il a juste pour mission de trouver des informations sur l’armée des douze singes, suspectée à ce moment-là d’avoir répandu le virus. Il atterrit à Baltimore. En 1990. C’est une erreur. Cole est rapidement arrêté par la police qui le présente au docteur Railly, une psychiatre qui décide de l’enfermer dans un asile en entendant son discours apocalyptique. Cole rencontre Jeffrey Goines, un autre pensionnaire de l’asile dont le père semble très riche, à qui il donne l’idée de détruire l’humanité en voyant des expérimentations animales à la télévision. Cole n’a que le temps de se faire envoyer en isolement pour tentative d’évasion qu’il est renvoyé à son époque d’origine. À son retour, les scientifiques semblent ne pas retenir grand-chose de ce qu’il a fait. Ils lui montrent des photographies pour savoir s’il a observé quelque-chose d’intéressant, et il reconnaît Jeffrey sur l’une d’entre elles. Les scientifiques semblent avoir trouvé un lien entre Goines et son père, un scientifique créateur du virus ayant exterminé l’humanité. James Cole est envoyé en 1996 cette fois, mais la machine à remonter le temps a encore un loupé,  et il se retrouve dans une tranchée de l’armée française pendant la première guerre mondiale. Il n’a que le temps de croiser José son codétenu, de se prendre une balle dans la jambe et de se faire photographier qu’il est happé par la machine. On le retrouve en 1996 toujours à Baltimore, où il kidnappe le docteur Railly afin qu’elle le conduise à Philadelphie, les recherches de Cole lui indiquant que l’armée des douze singes se trouve là-bas. En suivant les graffiti qu’il reconnaît de son propre futur et d’images montrées par les scientifiques, il voit un autre sujet des photos montrées par les scientifiques, une tête de cochon sculptée ! Cette tête de cochon se trouve à l’entrée du QG de l’armée des douze singes, un groupuscule d’éco-terroristes  qui semblent avoir été dirigé par Jeffrey Goines. Qui a pris la grosse tête en même temps que la direction des audits sur les recherches animales au sein de la boîte de son père. Convaincu que Jeffrey est celui qui a libéré le virus, Jeffrey emmène Kathryn avec lui chez le père Goines afin que son fils dément lui donne accès à une des souches. La tentative est un échec mais Cole parvient à s’enfuir en étant convaincu d’avoir déclenché l’apocalypse ; il est alors renvoyé dans son époque d’origine presque sous les yeux de Railly. À son retour, surprise. Les scientifiques lui annoncent qu’il a trouvé le propagateur du virus et qu’il a obtenu son pardon. D’autres prendront la relève. Mais, poussé par son amour pour Railly, Cole se porte volontaire semble-t-il pour de vrai, en 1996. Il veut terminer la mission. Les scientifiques le considèrent comme étant le plus qualifié et lui apprennent les différents lieux de propagation du virus. De retour en 1996, Cole retrouve Railly et il décide de s’enlever la dent contenant supposément un dispositif capable de le tracer et de le renvoyer dans le futur. Il préfère rester avec Railly. Mais elle n’arrive pas à savoir si l’humanité va véritablement être détruite, si Cole est véritablement fou car il s’en est lui-même persuadé. Ils décident d’appeler un numéro de téléphone que les scientifiques ont donné à Cole. Railly tombe sur un répondeur et laisse un message qu’elle suppose humoristique sur l’armée des douze singes, mais quand James est capable de le lui réciter mot pour mot alors qu’il ne l’a pas entendu, ils comprennent que l’apocalypse va véritablement avoir lieu. Plein d’amertume, leur espoir naît en même temps que leur amour et ils décident coûte que coûte de vivre leurs derniers instants loin de toute cette folie. Ils partent à l’aéroport pour embarquer vers la Floride. Sur la route, ils constatent que Jeffrey et son armée des douze singes n’ont jamais libéré de virus ; ils n’ont fait qu’ouvrir les cages d’un zoo. Dès lors, Kathryn pense que tout n’est qu’une farce, mais à l’aéroport James sait et il utilise le même numéro pour laisser un message indiquant que l’armée des douze singes est une fausse piste. Kathryn, elle, croise Peters,  un de ses fans lui ayant tenu un discours apocalyptique et aperçoit sa photo sur le journal, constatant qu’il est l’assistant du prix Nobel qui n’est autre que le père de Jeffrey, le fameux virologue créateur du virus !  Elle devine que c’est lui qui va tout causer… Retour sur James, qui juste après son coup de fil croise… José son codétenu !! Qui annonce à Cole qu’il a craqué en s’enlevant une dent alors qu’il avait son pardon, et que maintenant il doit tuer quelqu’un, ou alors José a pour ordre de descendre « la fille ». Contraint, James saisit l’arme que lui confie José. Alors que James demande à José qui il doit tuer, nous voyons arriver Kathryn, paniquée. Elle désigne Peters, Cole se précipite mais il est abattu par la sécurité de l’aéroport sans avoir pu atteindre sa cible. Nous croyons que tout est perdu mais lorsque Peters s’assoit, sa voisine n’est autre que l’astrophysicienne ! Donc les humains ont trouvé le virus, ils ont gagné.

Mais alors ? Pourquoi les scientifiques n’ont-ils jamais parlé de Railly à Cole alors qu’elle a un rôle central et que José révèle qu’ils la connaissent ? Les voyages dans le temps accidentels sont-ils si accidentels que ça ? Pourquoi James Cole est-il mort alors que son rôle n’était pas indispensable pour obtenir le virus ? Pourquoi a-t-on passé la majeure partie du film à suivre une fausse piste ?

Ces questions sont troublantes et on peut y répondre si on croise toutes ces questions avec la nature profondément autoritaire des scientifiques du futur.

Et si les voyages accidentels dans le temps étaient voulus ? Et si Railly jouait un rôle bien plus important dans cette histoire ? Cole a-t-il été sacrifié parce qu’il en savait trop ? C’est le sujet du prochain chapitre.

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